Cheval bridé en eau glacée
Alors il paraît que cette année, c’est l’année du Cheval de Feu en astrologie chinoise. Je ne sais pas qui croit à toutes ces histoires…. sûrement Constance, qui voit toujours tout un tas de médecins chinois, acupuncteurs, magnétiseurs et autres rebouteux pour parler à sa sclérose.
Alors le canasson soufflerait un vent de vérité pour 2026 dans la conscience de chacun. Pour les femmes du lac, je ne sais pas depuis quand ce vent souffle, mais ça secoue depuis janvier.
Gwendo est bloquée au Dry January. Elle ne boit plus, elle ne se baigne plus. Au sec, notre Gwendo… De temps en temps elle rejoint ses amies sirènes pour une tisane, mais elle a d’autres tracas… enfin toujours le même : son poids.
« Obésité morbide », lui a dit le médecin… Elle aurait bien voulu lui répondre : « Et toi-même !! »… mais elle le sait bien, Gwendo, qu’elle a toujours explosé la courbe d’IMC.
Est-ce qu’elle mange plus que les autres ? Même pas.
Une psychochamane lui a dit qu’elle mangeait ses émotions. Constance la soupçonne de manger aussi les émotions des autres.
Elle est comme ça, Gwendo. Tellement généreuse qu’elle ne va pas te laisser en rade avec des pleurs ou un malaise. Elle partage… voire elle porte à la place.
Sa vérité : réussir à prendre soin de soi.
C’est Constance qui souffre le plus de l’absence de Gwendo. Elle la voyait tous les matins en 2025. Constance, c’est sûr, est montée sur le bourrin chinois: son humeur fait des loopings dans les très hauts et les très bas. Les bains froids n’ont plus le même effet magique sur son corps.
Elle n’est pas prête d’arrêter pour autant, car ce qu’elle adore par-dessus tout, c’est retrouver ses copines tous les matins… mais sans Gwendo au quotidien, c’est moins rigolo.
L’autre jour, sur le trajet du banc à la voiture, elle racontait à Gallou son inquiétude par rapport à la sclérose. Arrivée à la hauteur d’un arbre, il lui a pris l’envie soudaine de lui faire un câlin.
Savez-vous que les arbres communiquent entre eux à l’aide de leur propre wifi ? Ça leur permet de vivre ensemble, de communiquer entre voisins.
Alors je ne sais pas quelle est la nature de leur échange… peut-être :
« Hey salut… tiens-toi droit ! »
Constance, avec son étreinte, en a profité pour prendre le message.
Sa vérité : faire confiance à la vie, dans tout !
Ça a l’air de lui plaire, à Constance, parce que désormais, sur le chemin du retour, ses copines du lac câlinent les arbres… enfin pas toutes : Gallou seulement !
Ce matin, elle s’est jointe à Constance sous l’œil éberlué de Mina.
Mina n’est pas prête de se rapprocher d’un arbre. Elle aussi a enfourché le bourricot asiatique. Elle a en tête de faire les championnats du monde de nage en eau froide.
Sa vérité : valider un rituel de quatre ans !
Elle a vu la championne à la télé, pas trop jeune et pas très sportive — parce qu’on n’a pas besoin d’être sportif ! — s’immerger dans son congélateur rempli d’eau à 3 degrés.
Cette même dame poursuit son entraînement par une nage de vingt minutes dans la mer à 15 degrés.
Mina essaye de convaincre ses acolytes aquatiques qu’une telle prouesse est à portée de gant en néoprène.
Constance a ri la première fois qu’elle a entendu le projet. Elle a visualisé l’eau froide, ça c’est sûr… mais la nage de 100m un peu moins surtout dans une eau à zéro degré !
En revanche Gallou est au taquet. Cette histoire de championnat l’a allumée total. Celle-ci est en train de chevaucher le quadrupède bridé avec une vraie volonté de dépassement de soi.
Elle s’est transformée en coach et a même pris contact avec une copine férue de natation pour prendre des conseils avisés.
Sa vérité : l’organisation en toute situation !
Aujourd’hui, c’est la Journée des droits des femmes. On pourrait en faire un grand discours… mais au lac, on la célèbre un peu tous les jours.
Elles apprennent à être femmes avec leurs corps imparfaits, leurs doutes, leurs maladies, leurs certitudes et leurs idées de dingos.
Bientôt elles iront au restaurant pour fêter l’anniversaire de Gallou. Gwendo sera là aussi.
Leurs vérités : le rire en toute circonstance.
Parce qu’au fond, c’est peut-être ça, les femmes du lac : apprendre à gérer sa vie… sans charger celles des copines.
Constance

